Aleix Plademunt
Matter
04.07 ... 11.10.2026
Inauguration : vendredi 3 juillet à 19h
en présence de l'artiste
Matter
— la matière — puise son origine dans mater,
sa racine latine, qui signifie la mère, une source à partir de laquelle tout se déploie. La matière précède, compose, persiste et survit. Mais en anglais, matter
signifie aussi ce qui importe, ce qui compte. Dès lors, il ne s’agit pas seulement de substance, mais d’attention au monde, de regard porté sur ce qui nous entoure.
Au cœur de ce projet, une interrogation philosophique, existentielle et esthétique d’Aleix Plademunt adressée aux spectateurs, une question fondamentale qui résiste aux réponses définitives et engendre d’autres questions. Comment l’humanité s’emploie-t-elle à observer, comprendre et transformer la matière ? Et comment la photographie, dans sa capacité à tout inventorier et transmettre, accompagne cette quête dans un usage encyclopédique utopique ?
L’exposition s’ouvre sur un portrait : celui de la mère de l’artiste, la figure originelle, matrice symbolique. Proche d’elle, des yeux : deux formes circulaires blanches – un soleil, un oculus – et des iris. Le rond, forme géométrique universelle, est omniprésent en photographie. Il est la source de lumière, l’objectif, l’œil du photographe et celui du spectateur. Une forme simple pour dire la complexité du voir.
En photographie, tout est toujours affaire de soleil et de regard.
Lorsque Nicéphore Niépce nomme son invention héliographie — écrire avec le soleil — il formule déjà un programme. Fixer ce qui se forme dans la chambre noire en déléguant au soleil le geste de l’inscription. Et il ne s’agit pas seulement de produire des images, mais de les rendre visibles, durables, reproductibles, transmissibles.
De l’infiniment grand à l’infiniment petit, la photographie augmente les capacités visuelles des êtres humains.
Le travail d’Aleix Plademunt révèle la curiosité insatiable d’un artiste, ingénieur de formation. En collaborant avec des équipes scientifiques de plus de 15 pays, le photographe a réuni, en une décennie, un corpus de plus de 600 images. Aleix Plademunt ne se limite pas à un inventaire du monde, il en expose les fractures. Par des recherches graphiques et esthétiques, sa photographie nous parle d’intime, de politique, d’écologie, de progrès scientifiques et techniques, du meilleur comme du pire, de la beauté autant que de la violence.
L’exposition au musée Nicéphore Niépce présente une sélection d’une centaine de photographies, de temporalités distinctes, d’espaces physiquement éloignés, ou de matériaux qui ne se sont jamais rencontrés. La scénographie de l’exposition joue des rapprochements ou des frictions entre ces images, et révèle le vertige suscité par un sujet aussi vaste que celui de la matière.
Biographie :
Aleix Plademunt est né en 1980 à Girone en Espagne.
Après avoir débuté une carrière d’ingénieur, il décide, deux ans plus tard de se consacrer à la photographie. En 2004 il obtient le diplôme supérieur de photographie de l’Université Polytechnique de Catalogne (UPC), avant de compléter sa formation par un master de photographie de l’Université des Amériques, à Cholula au Mexique.
Le travail photographique d’Aleix Plademunt explore les relations complexes entre l’humain, le paysage ou la matière. Son approche à la fois documentaire, conceptuelle et poétique, questionne la façon dont les sociétés observent, façonnent et transforment leur environnement. Son œuvre met ainsi en lumière l’état du monde contemporain, avec ses équilibres fragiles et ses transformations irréversibles.
Depuis 2011, il a publié une dizaine d’ouvrages, parmi lesquels Matter, aux éditions Spector Books en 2022, salué par de nombreuses distinctions internationales en 2023, notamment au Stiftung Buchkunst, au Deutscher Fotobuchpreis, ou aux Swiss Culture Awards. L’ouvrage a également été élu meilleur livre photo de l’année par Photo España.
Parallèlement à sa pratique photographique, il développe ces dernières années un travail cinématographique. Il réalise en 2025 avec l’écrivain Borja Bagunya le court-métrage Ser Ningú
et en 2026, un long métrage intitulé Un arbre és un arbre
en collaboration avec Carlos Marques-Marcet. Ce dernier a été présenté au Marché du film à Cannes en mai dernier.
Son travail a fait l’objet de plus de soixante expositions, dont « Matter » au Centre de la photographie (Genève, 2023), au MACBA (musée d’art contemporain de Barcelone, 2022) et à la Sala Canal de Isabel II (Madrid, 2022) mais aussi « Almost There » au Centro de Arte de Alcobendas (Madrid, 2016), à la galerie IMA (Tokyo, 2015) ou au Bal (Paris, 2013), ainsi que « Espectadores » à la galerie Waltman (Paris, 2013).
Aleix Plademunt a également reçu plusieurs prix et participé à de nombreuses résidences artistiques. Il obtient notamment la bourse Leonardo BBVA en 2022, la bourse des arts plastiques de la Fondation Botín en 2015, le prix Révélation de PhotoEspaña la même année et a participé à la résidence Tokyo Wonder Site/El Ranchito à Mexico.
Il vit et travaille aujourd'hui à Banyoles en Catalogne.